La mode du Premier Empire

L'impératrice JoséphineLa mode du 1er empire commence par le petit cercle intime de l'Impératrice Joséphine. Ce cercle était aimablement organisé sans trop d'apparat ; tout y était gai, futile et bon enfant ; on n'y voyait pas ces intrigues de palais qui en firent par la suite un endroit si périlleux, si rempli d'invisibles embûches pour les courtisans. A cette époque on recevait une ou deux fois par semaine quelques hommes de guerre, de sciences et de lettres à souper avec leurs épouses aux Tuileries.

Pour l'étiquette ordinaire des Cercles, il n'y avait aux Tuileries que les femmes se présentaient, en grande toilette, avec le manteau de Cour en velours ou en soie, brodé d'or, d'argent, et quelquefois enri-chi de perles et de pierreries. Les hommes venaient en uniforme ou dans le costume de leur place, et quelquefois, ce que l'Empereur préférait, en habits de fantaisie de velours, soie ou satin, relevés de riches broderies, et l'épée au côté.

On commençait à porter beaucoup d'étoffes lamées en or et en argent, et la mode des turbans s'établissait à la Cour ; on les faisait avec de la mousseline blanche ou de couleur, semée d'or, ou bien avec des étoffes turques très brillantes ; les vêtements peu à peu prenaient une forme orientale. Les dames de la Cour mettaient, sur des robes de mousseline richement brodées, de petites robes courtes, ouvertes sur le devant, en étoffe de couleur, les bras, les épaules, la poitrine découverte.

Dans ces réunions ultra-officielles, on parlait peu ; mais on observait beaucoup. Tout oreilles et tout yeux ; on se classait par petites sociétés, la vieille noblesse faisant dédain des parvenus de l'Empire. Aussi une sourde excitation régnait dans ces salons ; le dépit s'en mêlait et les pointes, les sous-entendus, les agaceries allaient leur train ; parfois, plusieurs familles prenaient feu parce qu'une petite comtesse du nouveau régime avait adroitement attiré dans son camp l'amant reconnu de quelque mar-quise de l'ancienne Cour.

L'Impératrice Joséphine avait six cent mille francs pour sa dépense personnelle, plus environ cent trente mille francs pour sa cassette et ses aumônes. On pourrait croire que cette somme était plus que suffisante pour faire face aux toilettes ordinaires et extraordinaires de sa Gracieuse Majesté ; mais Joséphine était si prodigue, si généreuse, si étourdie, si folle en ses caprices qu'elle se voyait continuellement endettée et obligée d'avoir recours à la bourse de l'Empereur.

Elle avait fait de ses petits salons un temple à la toilette où tous les marchands étrangers et les vieilles brocanteuses de bijoux et de soieries avaient un facile accès. Bonaparte avait interdit l'entrée du Palais à toute cette horde mercantile, dépenaillée et sordide ; il avait fait formellement promettre à sa femme de ne plus recevoir à l'avenir ces échappés des Ghetto parisiens ; Joséphine jurait de ne le plus faire, pleu-rait un peu ; mais le lendemain elle trouvait encore moyen de faire monter à elle ces bazars ambulants et de vivre à sa guise dans la poussière des paquets défaits, curieuse d'inventorier les soieries orientales, les broderies persanes, les fichus et les pierreries d'occasion, charmée par le chatoiement des couleurs, par la finesse des tissus, par l'imprévu des déballages.


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